LE CINÉMA DU MUSÉE Les films de la Collection !

LE CINÉMA DU MUSÉE

Les films de la Collection

CHAQUE MERCREDI À 15H, DÉCOUVREZ UN FILM DE LA COLLECTION !

Texte Chaque mercredi à 15h, découvrez un film de la Collection !

Chaque semaine, nous vous présentons ici une œuvre cinématographique issue de nos collections. Comme une salle de cinéma dématérialisée, ce nouvel espace de programmation vous offre une occasion inédite de découvrir des films à la croisée des avant-gardes, du cinéma expérimental, du documentaire et du film d’artiste. Chaque film est accompagné d’un commentaire, ​d’une analyse ou ​d’une mise en dialogue avec d’autres œuvres des collections du Musée national d’art moderne.

Découvrez la singularité de l’image en mouvement au sein de l’histoire de l’art moderne et contemporain !

8 avril – 14 avril : La Première partie du roi Henri IV de double V Shakespeare : une analogie (1972) de Joëlle de la Casinière

15 avril -21 avril :  Au Printemps (1929) de Mikhail Kaufman

22 avril – 28 avril : Deux fois (1969) de Jackie Raynal

29 avril – 5 mai : L’Eau de la Seine (1982-1983) de Teo Hernandez

Archives des séances passées :

1er avril – 7 avril: Les Mains négatives (1979) de Marguerite Duras

LA PREMIÈRE PARTIE DU ROI HENRI IV DE DOUBLE V SHAKESPEARE : UNE ANALOGIE, 1972 – JOËLLE DE LA CASINIÈRE ET MICHEL BONNEMAISON

Film 16 mm numérisé, noir et blanc / couleur, sonore, 36 min. 15s. (AM 2013-F8)

Texte

Joëlle de La Casinière et Michel Bonnemaison, La première partie du roi Henri IV de double V Shakespeare : une analogie, 1972, film 16 mm, couleur / noir et blanc, sonore, 36 min. 15s. Achat en 2013. (Photogrammes) © Joëlle de La Casinière © photo : Centre Pompidou, MNAM-CCI/Hervé Véronèse/Dist. RMN-GP

Artiste plasticienne et poète, Joëlle de La Casinière, avec ses amis du Montfaucon Research Center, a contribué à la réalisation d’une vingtaine d’œuvres cinématographiques et vidéographiques entre 1970 et 1990.

Tourné à Barranquilla sur la côte caraïbe en Colombie, La première partie du roi Henri IV de double V Shakespeare : une analogie (1972) témoigne d’une expérience rêvée de « Living Theatre » une analogie vécue de La première partie du Roi Henri IV de Shakespeare.

Dans un décor élisabéthain de colonnades blanches, ruiné et somptueux, les personnages de la rue se croient dans une pièce de théâtre à ciel ouvert. Inspiré des pages du livre Absolument nécessaire : the emergency book, un album nomade en poésie graphique publié par Joëlle de La Casinière en 1973 aux Éditions de Minuit, le film incarne l’idée, déjà en germe à l’époque, de l’œuvre multimédia, qui associe l’écrit, l’image et le son.

PAROLE D’ARTISTE

Cette œuvre est le traitement filmique d’une partie du livre Absolument nécessaire : the emergency book, et cela dans l’idée, déjà très claire à l’époque, d’une œuvre “multimédia”, qui amalgamerait l’écrit, l’image et le son… Seulement, faute alors d’un support commun aux différentes formes, tel que la vidéo un peu plus tard ou le web aujourd’hui, il fallut fabriquer deux objets distincts, en références croisées (une bobine de film et un volume en papier) qui, malgré tout, se complètent, se répondent et s’interpénètrent.

Mais racontons comment ce film en est venu à exister :

Après un an passé au Pérou avec un ami cinéaste, Carlos Ferrand, à faire des documentaires de terrain pour la Réforme Agraire du gouvernement Velasco (militaires socialistes), je suis partie par la route, en autocar, vers le nord, Équateur, Colombie…

À Barranquilla, ville de la côte Caraïbe, j’ai retrouvé un ami argentin, artiste, homme de théâtre, Enrique Ahriman, qui voyageait dans toute l’Amérique du sud avec, pour seul bagage, un gros volume des œuvres complètes de Shakespeare.

Inspirés par des personnages rencontrés et l’ambiance élisabéthaine de cette ville aux colonnades blanches, à la fois ruinée et somptueuse, à la fois explosive et ascétique, ensemble avec Enrique nous imaginons et travaillons une mise en scène de La première partie du roi Henri IV, avec la ville de Barranquilla, ses rues et ses habitants comme décor et dramatis personae…

Le département culturel de la municipalité, que nous harcelons, nous offre la carcasse d’un théâtre en construction pour lieu de répétition avec les soi-disant acteurs.

La mise en scène de ce “spectacle total” commence par des scripts dessinés et calligraphiés à l’encre, qui me mènent droit au style prochain de Absolument nécessaire : the emergency book, et par des émissions quotidiennes de 7 minutes à Radio Sutatenza, “durante los siete proximos minutos de programa”, où nous formons nos futurs spectateurs (ceux des habitants de la ville de Barranquilla qui ne sont pas nos acteurs) à admettre que la vie n’est rien d’autre qu’une fantastique pièce de double V Shakespeare et qu’ils peuvent en être tous les heureux protagonistes, à condition d’apprendre le rôle par cœur.

Enrique et moi vivons dans une pièce unique ouvrant sur un patio planté de deux arbres où suspendre un hamac. Nous ne mangeons que des fruits, fumons beaucoup et buvons du café non-stop. Antonio et Maní tiennent des rôles de jeunes pages et ne quittent guère notre cour.

La mise en scène de La première partie du roi Henri IV dans notre délirante imagination et sur mes grandes feuilles de papier, se développe, avec un réalisme de plus en plus schizophrénique… Au bureau de la Culture, les interlocuteurs fatigués de nos exigences absurdes se font rares. A l’université quelques étudiants apprennent leur texte et nous recrachent les tirades comme des attaques, au pied de la lettre. Ils s’y croient, sans le savoir, dans la pièce de double V Shakespeare. À la maison, la propriétaire, qui nous aimait tellement auparavant, commence à trouver que nous ne payons pas assez souvent le loyer, et vient improviser des scènes du drame à elle.

Sur ces entrefaites, et alors que notre entreprise de “Living Theatre” commence à sérieusement battre de l’aile, arrive Michel Bonnemaison que j’ai laissé à Bruxelles dans notre grande maison, avec tous nos enfants et amis, un an plus tôt. Michel arrive parce que je lui ai tant vanté notre travail dans des lettres dithyrambiques, des lettres grandes comme des draps de lit, couvertes d’écritures chaotiques et d’images exaltées. Alors Michel s’est dit, j’y vais voir, et il arrive, dans un petit avion-cargo de trafiquants de viande bovine, après une escale maladive dans un bordel de Barbados. Michel vient voir et, sous ses yeux perplexes, patatras, tout s’écroule de notre beau délire poétique ambiant. La mise en scène à l’échelle d’une ville entière, les cohortes d’acteurs, les moyens matériels, les attachés culturels, le théâtre en construction, tout ce spectacle, échafaudé mille fois dans nos rêves, s’évanouit… Le projet ne tenait que dans nos têtes, par la folie d’une stricte application du texte de Shakespeare à la situation vécue. Oui folie ! Folie toute shakespearienne mais folie tout de même que ce théâtre total dans le contexte d’une ville de Colombie en 1971. Aussi, à la première tentative d’explicitation, pfuiiittt, tout disparaît…

Alors quoi, sauve qui peut la vie ! Le théâtre en construction nous lâche ? On ne va pas renoncer comme ça, tout d’un coup, à ce beau trip ! Pourquoi ne pas adopter un autre langage et poursuivre, un temps de plus, le rêve et la fable d’Henri IV à Barranquilla ? Cinéma à la rescousse ! Oui, pourquoi pas ? C’est à notre portée de tourner quelque chose, d’impressionner de la pellicule… Filmons reflets, bribes et traces de l’analogie merveilleuse qui nous enivre depuis trois mois. Tournons un film autonome, entre amis, qui sauve la mise et fasse la preuve. Et voilà, d’un trip l’autre, Michel, Enrique et moi faisons appel au grand ami Carlos qui vient de Lima avec une vieille Arriflex 16mm et quelques bobines disparates d’argentique périmé, du Kodak noir et blanc, et même un peu de couleur soviétique. En une semaine toute la pellicule est tournée, un pour un, pas de reprise, pas de repentir, aucun déchet. On tourne sans son. On tourne un reflet serein, une réminiscence pacifiée du rêve de Shakespeare dans la réalité “tropical shit”. On tourne ce que vous voyez aujourd’hui.

J’ai monté les plans de cette belle histoire sur une petite visionneuse à manivelle dans mon atelier de Bruxelles (rue de l’Aurore) un an plus tard, juste après avoir fini de composer le livre Absolument nécessaire : the emergency book. Le film, alors, est devenu une partie du livre. Voilà même qu’ils se partagent la bande sonore. Et aussi la promotion, comme on le voit dans le court-métrage publicitaire (ah ah ah !) de 4’30, So Happy, tourné à New York pour parler du livre qui parle du film qui parle de la mise en scène du roi Henri IV à Barranquilla.

Joëlle de La Casinière 

BIOGRAPHIE DE L’ARTISTE

Texte Biographie de l'artiste

Joëlle de La Casinière et Michel Bonnemaison, So Happy, 1974, film 16 mm, couleur, sonore, 4 min. 50 s. Achat en 2013. (Photogrammes) © Joëlle de La Casinière © photo : Centre Pompidou, MNAM-CCI/Hervé Véronèse/Dist. RMN-GP

Joëlle de La Casinière (née en 1944 à Casablanca) vit une enfance partagée entre Paris et Madrid. Elle devient peintre en faisant quelques études supérieures de lettres avant de quitter la France. Pendant cinq ans elle peint jour et nuit, enfermée dans une pièce, de grandes toiles d’après des images de magazines. En 1970, elle vend toute sa production et sa moto pour financer son premier voyage en Amérique du Sud, dont elle revient avec la matière d’un livre et de deux films.

En 1972 elle fonde le Montfaucon Research Center avec Michel Bonnemaison et d’autres nomades qui aiment la poésie graphique. Ensemble ils publient quelques-uns de leurs livres emblématiques à Bruxelles. Elle réalise d’autres films avec ses amis, à New York, Lima, Cuzco, Popayán, San José, ou encore Montréal, travaillant plus particulièrement au scénario, au son et au montage d’une dizaine de moyens et courts métrages 16mm.

C’est à cette époque qu’elle invente un style d’écriture manuscrit et polyphonique composé de calligraphies, typos, graffiti, ornements, dessins, collages. À partir des années 1980, elle voyage principalement en Europe et réalise beaucoup de bandes vidéo. Dans ses tronic music poems l’écriture incrustée à l’image, animée en musique et chantée, tient un rôle essentiel. Sujets et dispositifs sont souvent inspirés des genres télévisuels et de leur rhétorique.

Vers le milieu des années 1990, avec Michel Bonnemaison et Jacques Lederlin, elle restaure, rénove, et construit en partie plusieurs bateaux dont la barge flamande où elle vit en navigant sur les canaux d’Europe du nord… Dans cet ermitage flottant, elle poursuit sans relâche la composition de tablotins et de livres manuscrits de poésie graphique et expose ses œuvres en Allemagne, en Angleterre ou en France.

POUR ALLER PLUS LOIN : ABSOLUMENT NÉCESSAIRE

Texte Pour aller plus loin : Absolument nécessaire

Joëlle de La Casinière, Absolument nécessaire : the emergency book, épreuves originales avant impression, 1973 © Joëlle de La Casinière © droits réservés

Publié en 1973 aux Éditions de Minuit, Absolument nécessaire : the emergency book de Joëlle de la Casinière plonge le lecteur dans une expérience poétique quasi hallucinatoire. Les collages, les graffitis et les dessins s’entremêlent au texte pour signifier un processus d’écriture en constante évolution. Il en résulte un livre de poésie graphique pensé en strates, dont la forme contribuera à façonner le concept de “rhizome” théorisé par les philosophes Félix Guattari et Gilles Deleuze dans leur ouvrage Mille Plateaux en 1980.
Parcourez ici les pages du livre de Joëlle de la Casinière

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